Saed Hanani — L’histoire derrière Foras Khadra Foras Khadra
قصة سائد حنني… كيف وُلدت “فرص خضراء” من قلب طريق مُغلق
20 févr. 2026

L’histoire de Saed Hanani… Comment “Foras Khadra” est née d’une route fermée

Parfois, la plus grande idée de ta vie ne vient pas parce que tu es « prêt ».

Elle vient parce que la réalité te pousse tellement fort que tu dois soit te briser… soit créer un nouveau chemin.

Je suis Saed Hanani.

Fondateur de Foras Khadra.

Et ceci n’est pas une histoire de succès rapide, ni une histoire de chance.

C’est une histoire de tentatives répétées, de choix difficiles, et d’un parcours où j’ai compris que l’opportunité n’est pas quelque chose que l’on attend… c’est quelque chose que l’on construit.

Je viens de Palestine.

En Palestine, même les choses simples peuvent devenir une bataille : les études, les déplacements, les voyages, et même la planification de la semaine suivante.

Mais chaque fois que je me suis retrouvé devant une porte fermée, une seule question apparaissait en moi :

Si cette porte est fermée… quelle porte puis-je ouvrir moi-même ?


Le début : le “Tawjihi” (baccalauréat) comme peur… puis comme illusion

Dans notre société, le Tawjihi devient plus qu’un examen.

Il devient un jugement. Un chiffre censé décider de ton avenir.

Et honnêtement… j’ai vécu tout cela : stress, peur, confusion.

Au début, je pensais autrement. Business, travail, commencer tôt.

Je voulais aller vite. Construire ma vie avant que les années d’études ne passent.

Mais le dernier mois avant les examens, quelque chose a changé en moi.

Soudain, j’ai décidé : je veux devenir ingénieur.

La décision est venue tard, donc le chemin était plus difficile.

J’ai étudié jour et nuit. Pourtant, je n’ai pas réussi la première fois. Ni la deuxième.

J’avais un vrai blocage avec l’anglais, et cela fait toujours partie de mon parcours.

Mais je suis le type de personne qui, une fois qu’il décide… n’abandonne pas.

J’ai fini par réussir.

Mais le résultat n’a pas été une porte facile vers l’ingénierie.

C’était un moment décisif :

Soit j’accepte que ma note « décide tout »… soit je prouve qu’un chiffre ne définit pas une personne.

J’ai choisi de prouver.

J’ai choisi un chemin plus difficile que le parcours classique. L’objectif n’était pas seulement de réussir, mais d’exceller sous une vraie pression. Je devais atteindre une moyenne cumulative supérieure à 85 %, et réussir l’examen national global avec plus de 85 % également. Ce n’est qu’à cette condition que je pouvais intégrer le système de passerelle et poursuivre ma licence en ingénierie.

Finalement, j’ai obtenu mon diplôme à An-Najah National University – Faculté Hisham Hijjawi, classé premier de ma promotion, avec 96 % à l’examen global, et premier de la faculté.

Ce point n’est pas pour me vanter. C’est une question de sens.

Parce que cela dit simplement :

Le Tawjihi n’est pas un destin.

Le lycée peut te donner un chiffre… mais il ne définit ni ton plafond, ni ton avenir, ni ta valeur.

Ton avenir est construit par ta décision de continuer, et de chercher un autre chemin au lieu de t’arrêter au premier mur.


Le COVID et la vie sur une montagne : quand la vie devient un test de survie

Je suis arrivé à l’université plein d’enthousiasme.

Je voulais des activités, du bénévolat, des relations, un espace plus large que les limites du village et du checkpoint.

Après presque une semaine… le COVID est arrivé.

L’université dont je rêvais est devenue un écran.

Tout s’est arrêté.

Mais j’ai découvert quelque chose d’important :

Le monde entier est devenu en ligne.

Donc le monde entier est devenu plus proche, si tu sais comment y accéder.

J’ai commencé à apprendre l’univers des réunions numériques.

J’ai investi du temps pour améliorer mon anglais avec des étrangers, parce que je savais que la langue n’est pas une matière… la langue est une clé.

En parallèle, la réalité économique était dure.

J’ai travaillé sans permis à l’intérieur des territoires occupés.

Je dormais sur une montagne, dans une tente simple, sans électricité, avec une vraie peur quotidienne.

Je transportais mon ordinateur pour le charger au travail, puis je revenais continuer mes devoirs et examens.

Les gens me voyaient descendre de la montagne avec un ordinateur et riaient :

« Qu’est-ce que tu fais ? »

Je vivais une vie étrange : étudiant, ouvrier, et inquiet… en même temps.

Les nuits d’hiver, j’entendais la pluie frapper la tente et l’eau couler sous moi.

Chaque nuit ressemblait à « la dernière ».

Pas par dramatisation… mais parce que la vie en Palestine ne te donne pas toujours le luxe de la sécurité.

Cette période m’a appris une leçon que je n’oublierai jamais :

Abandonner n’est pas une option quand ta vie elle-même exige un effort chaque jour.


Le checkpoint : devenir étranger dans ton propre pays

Je viens de Beit Furik, près de Naplouse.

Un beau village… mais encerclé.

Une seule entrée. Un checkpoint qui peut transformer 30 minutes en deux ou trois heures.

J’ai dû vivre loin de ma famille.

Pas parce que l’université était loin… mais parce que le checkpoint décide quand tu bouges.

C’est là que j’ai ressenti une vraie injustice :

Être loin de ta famille à cause d’un barrage, pas à cause de la distance.

Mais cette douleur ne s’est pas transformée en haine.

Elle s’est transformée en détermination :

Si les circonstances ferment les espaces autour de moi… je créerai un nouvel espace.


Quand tu ne trouves pas l’opportunité… crée-la

Quand l’université a repris progressivement, beaucoup d’activités étaient arrêtées.

L’endroit que je rêvais comme « espace d’opportunités » semblait figé.

Alors je me suis dit : pourquoi attendre ?

J’ai contribué à fonder et diriger un club étudiant à la Faculté d’ingénierie (IEEE).

En peu de temps, nous avons organisé de nombreuses activités, en ligne et sur le terrain, et ouvert de vrais espaces de formation et de partenariat.

L’objectif n’était pas juste d’organiser des événements.

L’objectif était d’installer une culture :

Un étudiant n’est pas seulement des cours et des examens, mais une personnalité et un parcours.

À travers nos partenariats, des étudiants ont trouvé des emplois, et des entreprises ont découvert des talents cachés.

C’est là qu’une idée claire s’est formée en moi :

Parfois, tu n’as pas besoin de chercher une opportunité. Tu dois la créer… et les opportunités suivront.


Des épluchures d’orange qui ont ouvert le monde

J’ai lancé un projet pour transformer des épluchures d’orange en cellulose, puis en matière utilisable pour des fils et textiles.

Ce n’était pas juste une « belle idée ».

C’était un laboratoire, des essais quotidiens, du travail constant.

Après environ six mois, j’ai extrait le premier échantillon réussi.

Puis sont venus les prix, les invitations, les voyages.

Mon premier voyage était au Liban via l’ESCWA en 2022. Un tournant.

J’ai compris une chose :

La première fois est toujours la plus difficile.

Difficile d’obtenir la première opportunité.

Difficile d’organiser le premier voyage.

Difficile même de sortir de Palestine.

Mais après la première fois… les portes commencent à s’ouvrir.


La guerre et après le diplôme : naissance de Foras Khadra

Fin 2023, tout s’est arrêté.

Même le financement que j’avais obtenu — 9000 euros — s’est arrêté.

C’était un choc.

Mais je ne sais pas vivre sans essayer.

J’ai observé un problème clair :

Les opportunités existent.

Mais beaucoup de jeunes ne les atteignent pas.

Ou trop tard.

Ou la langue est un obstacle.

Ou ils ne savent pas par où commencer.

C’est ainsi qu’est née Foras Khadra.

Pas comme une simple page qui publie des liens.

Mais comme une idée de justice d’accès.

Rendre les opportunités environnementales et climatiques claires, proches, en arabe, et pratiques.

Aujourd’hui, plus de 320 bénévoles de 18 pays arabes travaillent ensemble avec un seul objectif :

Augmenter la participation des jeunes arabes dans les espaces internationaux, et préparer réellement la région aux défis climatiques et à l’économie verte.


Voyager en tant que Palestinien : un test de volonté

Voyager n’est pas un billet.

C’est une série d’épreuves.

Ponts fermés. Plans changés. Pression constante.

Une fois, j’ai dormi deux jours au pont pour pouvoir sortir.

Mais je savais que ma présence avait un sens.

Je porte toujours la kefieh.

Pas comme accessoire.

Comme rappel : je ne représente pas seulement moi-même.


La phrase qui résume tout

Il n’existe pas de perte.

Le vrai perdant est celui qui n’essaie pas.

Si tu essaies… tu gagnes toujours.

Même si tu ne réussis pas maintenant, tu apprends, tu grandis, tu te rapproches.


Pourquoi cette histoire sur le site de Foras Khadra ?

Parce que Foras Khadra n’est pas née du confort.

Elle est née d’un manque réel que j’ai vécu : manque d’accès, manque d’orientation, manque de langue, manque de réseau.

Alors je me suis dit :

Si j’ai souffert pour comprendre le chemin… d’autres doivent le trouver plus clair.

Je suis Saed Hanani.

Et voici mon histoire avec Foras Khadra :

D’un pays qui rétrécit tes espaces… à une plateforme qui essaie de les élargir pour les autres.

Et le plus beau ?

La suite ne parle pas seulement de moi.

Elle parle d’un jeune arabe qui dira un jour :

« J’ai réussi… parce que quelqu’un a rendu le chemin plus proche. »